MATAM MORT CONTROVERSEE à LA POLICE : Aboubacry Dia inhumé par sa famille sans le rapport d’autopsie

Publié le par Famafrika

03-12-2009
Aboubacry Dia, mort dans les locaux de la Police de Matam, il y a 15 jours, repose depuis hier au cimetière musulman de Soubalo. Les éléments de l’autopsie communiqués à la famille font état, selon les proches de la victime, d’une mort par strangulation alors que la Police de Matam soutient que la victime s’est donnée volontairement la mort. Par Oumar Seydou BA

Aboubacry Dia repose désormais au cimetière musulman de Soubalo, dans la commune de Matam, où il a été inhumé hier vers 11 heures. Feu Aboubacry Dia, mécanicien de son état, est mort dans les locaux de la Police, il y a de cela une quinzaine de jours.
Sa famille avait saisi le procureur de la République d’une plainte et en même temps demandé à ce que le cadavre de la victime soit autopsié. Pour accélérer la procédure, elle a approché aussi la Raddho, qui a d’ailleurs commis un avocat pour elle : Me Demba Ciré Bathily.
Malgré tout, la famille peine à recevoir une copie des conclusions de l’autopsie qui fait état, d’après des sources proches de la victime d’une mort par strangulation. Aboubacry, dit un proche de la famille, «est mort par strangulation, il avait le cou cassé à la suite des coups et blessures qui lui ont été infligés». «Le juge d’instruction a verbalement communiqué le contenu du rapport d’autopsie à la sœur de Abou», raconte notre interlocuteur.
Ce qui battrait donc en brèche la thèse de la mort naturelle et nourrirait ainsi des supputations. La Police, que d’aucuns à Matam soupçonnent d’être à l’origine de cette mort, s’est dédouanée et a accusé la victime de s’être donnée volontairement la mort. Le commissaire de Police de Matam, M. Diop a été formel dans ses accusations : «Aboubacry Dia est mort par pendaison. Deux autopsies ont été effectuées : une à Matam et l’autre à Dakar qui ont révélé qu’il est mort par pendaison.»
Prié d’être précis, le commissaire lâche : «Il s’est suicidé, c’est clair.» Comment et pourquoi ? A l’aide de quel objet ? Où étaient en ce moment ceux qui avaient en charge sa sécurité ? Notre interlocuteur n’en dit pas plus. Pour de plus amples informations, il invite Le Quotidien à saisir le procureur.
L’avocat de la famille affirme n’avoir pas lu pour l’instant le rapport de l’autopsie. En revanche, tonne Me Demba Ciré Bathily, «Aboubacry Dia n’est pas mort d’une mort naturelle, il est mort de mort violente dans les locaux de la Police».
Quid de la responsabilité de la Police, donc de l’Etat ? M. Bathily est formel : «Elle est indiscutable pour la bonne et simple raison que la mort de M. Dia est intervenue dans les locaux de la Police.»
Sur les complaintes de la famille, Me Bathily rassure que «l’autopsie est une pièce de l’enquête. Et, forcément, on accédera à cette pièce. La famille a le droit de prendre connaissance du rapport d’autopsie».
Par rapport aux allégations du commissaire, l’avocat répond : «Dès l’instant qu’une personne est en garde à vue, sa sécurité est de la responsabilité de ceux qui l’ont mise dans cette position». Et Me Bathily d’argumenter : «L’institution de la garde à vue est organisée de telle sorte que la personne ne puisse pas disposer d’instruments de nature à lui permettre de se blesser ou de blesser quelqu’un d’autre. C’est la raison pour laquelle quand on vous met en garde à vue, on détache votre ceinture, on enlève tout ce que vous avez, etc.»
Interpellé sur les pressions dont serait victime le coordonnateur de la Raddho à Matam, Mohamed Gaye, l’avocat fait remarquer que ce qui est important est que la famille a porté plainte et est disposée à aller jusqu’au bout ; le juge d’instruction a été saisi. Donc, rassure-t-il : «Nous n’avons aucune raison de douter qu’il fasse son travail de manière totale et impartiale. Donc pression ou pas, cela ne changera rien aux demandes formulées à savoir les causes et les circonstances exactes de la mort de Aboubacry.»
Et l’avocat de rappeler qu’il y a eu beaucoup de morts violentes dans les locaux de la Police. «Les résultats des enquêtes n’ont jamais été révélés pour permettre aux gens d’en connaître les causes exactes», se désole Me Bathily.
Et Me Bathily de préciser : «Quant il y a mort d’homme, toutes les personnes qui sont en situation ne doivent pas normalement exercer au moins pendant la durée de l’enquête.»
Dans ce genre de situation, «l’enquête devrait être menée par des services différents de ceux qui sont été mis en cause pour des garanties d’impartialité. Sur ce genre de situation ? Il ne faut pas apporter des réponses d’ordre conjoncturel mais plutôt d’ordre structurel», conclut-il.

osba@lequotidien.sn

Publié dans Abou Dia

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