Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 11:57
03-12-2009
Aboubacry Dia, mort dans les locaux de la Police de Matam, il y a 15 jours, repose depuis hier au cimetière musulman de Soubalo. Les éléments de l’autopsie communiqués à la famille font état, selon les proches de la victime, d’une mort par strangulation alors que la Police de Matam soutient que la victime s’est donnée volontairement la mort. Par Oumar Seydou BA

Aboubacry Dia repose désormais au cimetière musulman de Soubalo, dans la commune de Matam, où il a été inhumé hier vers 11 heures. Feu Aboubacry Dia, mécanicien de son état, est mort dans les locaux de la Police, il y a de cela une quinzaine de jours.
Sa famille avait saisi le procureur de la République d’une plainte et en même temps demandé à ce que le cadavre de la victime soit autopsié. Pour accélérer la procédure, elle a approché aussi la Raddho, qui a d’ailleurs commis un avocat pour elle : Me Demba Ciré Bathily.
Malgré tout, la famille peine à recevoir une copie des conclusions de l’autopsie qui fait état, d’après des sources proches de la victime d’une mort par strangulation. Aboubacry, dit un proche de la famille, «est mort par strangulation, il avait le cou cassé à la suite des coups et blessures qui lui ont été infligés». «Le juge d’instruction a verbalement communiqué le contenu du rapport d’autopsie à la sœur de Abou», raconte notre interlocuteur.
Ce qui battrait donc en brèche la thèse de la mort naturelle et nourrirait ainsi des supputations. La Police, que d’aucuns à Matam soupçonnent d’être à l’origine de cette mort, s’est dédouanée et a accusé la victime de s’être donnée volontairement la mort. Le commissaire de Police de Matam, M. Diop a été formel dans ses accusations : «Aboubacry Dia est mort par pendaison. Deux autopsies ont été effectuées : une à Matam et l’autre à Dakar qui ont révélé qu’il est mort par pendaison.»
Prié d’être précis, le commissaire lâche : «Il s’est suicidé, c’est clair.» Comment et pourquoi ? A l’aide de quel objet ? Où étaient en ce moment ceux qui avaient en charge sa sécurité ? Notre interlocuteur n’en dit pas plus. Pour de plus amples informations, il invite Le Quotidien à saisir le procureur.
L’avocat de la famille affirme n’avoir pas lu pour l’instant le rapport de l’autopsie. En revanche, tonne Me Demba Ciré Bathily, «Aboubacry Dia n’est pas mort d’une mort naturelle, il est mort de mort violente dans les locaux de la Police».
Quid de la responsabilité de la Police, donc de l’Etat ? M. Bathily est formel : «Elle est indiscutable pour la bonne et simple raison que la mort de M. Dia est intervenue dans les locaux de la Police.»
Sur les complaintes de la famille, Me Bathily rassure que «l’autopsie est une pièce de l’enquête. Et, forcément, on accédera à cette pièce. La famille a le droit de prendre connaissance du rapport d’autopsie».
Par rapport aux allégations du commissaire, l’avocat répond : «Dès l’instant qu’une personne est en garde à vue, sa sécurité est de la responsabilité de ceux qui l’ont mise dans cette position». Et Me Bathily d’argumenter : «L’institution de la garde à vue est organisée de telle sorte que la personne ne puisse pas disposer d’instruments de nature à lui permettre de se blesser ou de blesser quelqu’un d’autre. C’est la raison pour laquelle quand on vous met en garde à vue, on détache votre ceinture, on enlève tout ce que vous avez, etc.»
Interpellé sur les pressions dont serait victime le coordonnateur de la Raddho à Matam, Mohamed Gaye, l’avocat fait remarquer que ce qui est important est que la famille a porté plainte et est disposée à aller jusqu’au bout ; le juge d’instruction a été saisi. Donc, rassure-t-il : «Nous n’avons aucune raison de douter qu’il fasse son travail de manière totale et impartiale. Donc pression ou pas, cela ne changera rien aux demandes formulées à savoir les causes et les circonstances exactes de la mort de Aboubacry.»
Et l’avocat de rappeler qu’il y a eu beaucoup de morts violentes dans les locaux de la Police. «Les résultats des enquêtes n’ont jamais été révélés pour permettre aux gens d’en connaître les causes exactes», se désole Me Bathily.
Et Me Bathily de préciser : «Quant il y a mort d’homme, toutes les personnes qui sont en situation ne doivent pas normalement exercer au moins pendant la durée de l’enquête.»
Dans ce genre de situation, «l’enquête devrait être menée par des services différents de ceux qui sont été mis en cause pour des garanties d’impartialité. Sur ce genre de situation ? Il ne faut pas apporter des réponses d’ordre conjoncturel mais plutôt d’ordre structurel», conclut-il.

osba@lequotidien.sn
Par Famafrika - Publié dans : Abou Dia - Communauté : Afrique
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 21:22

L'autopsie de Abou Dia, mort mercredi dernier dans les locaux du commissariat de police de Matam, a conclu à un «suicide par pendaison». Ce que conteste la famille du défunt qui parle de «rumeurs» et exige une contre-autopsie.



DECES DE ABOU DIA DANS LES LOCAUX DE LA POLICE DE MATAM: L'autopsie conclut à un «suicide par pendaison», la famille conteste et exige une contre-autopsie
Le 18 novembre dernier, Abdou Dia, mécani­cien âgé de 44 ans, rendait l'âme dans les locaux du commissariat de police de Matam, alors qu'il avait été placé en garde-à-vue. Pour déterminer les causes exactes de son décès, son corps avait été acheminé à Dakar pour autopsie. Une expertise effectuée par le professeur Gisèle Woto Gaye de l'hôpital A. Le Dantec, qui a livré samedi dernier ses conclusions, mises à la disposition du procureur de la République. A en croire des sources proches du dossier, le rapport établit que feu Abou Dia est décédé des suites d'un suicide par pendaison, réussi à l'aide de son «geno» (ndlr : ceinture). Un diagnostic qui fait suite à celui déjà établi par le médecin légiste de l'hôpital de Matam, qui avait conclu que «la victime était ivre» et qu'il avait décelé «une présence d'alcool dans les poumons et les viscères».

Du côté de la police de Matam où une enquête interne avait été ouverte pour élucider ce drame, l'on précise que Abou Dia n'avait pas été interpellé au cours d'une opération de sécurisation, mais «à son domicile, à la demande de sa famille, parce que ivre, il perturbait». Poursuivant, nos sources soutiennent que «la victime est connue de leurs services, pour avoir, à plusieurs reprises, eu maille à partir avec la police, pour ivresse publique».

Des affirmations que conteste la famille de Abou Dia, au point de refuser de réceptionner le certificat de genre de mort. Selon l'un d'eux, qui a requis l'anonymat, la version du «suicide par pendaison» n'est qu'une «rumeur» distillée par la police, qui tente de couvrir ses éléments. Seulement, notre interlocuteur confirme que la police était effectivement venue cueillir Abou Dia à la demande de la famille. Pour autant, il martèle : «Suicide ou pas, cela n'enlève en rien le fait qu'il est entré vivant à la police et il en est ressorti mort. C'est la responsabilité de la police et c'est ce qui est important». Notre interlocuteur, confirmant que «la tante de Abou Dia a effectivement refusé de prendre le certificat de genre de mort», a confié : «Nous ne croyons pas à cette version parce qu'il y a des rumeurs qui disent qu'il a été frappé par trois individus». C'est pourquoi, dit-il, «avec l'aide de l'Organisation nationale des droits de l'homme (Ondh), nous allons demander une contre-autopsie».

Bachir Fofana
Source Le Populaire
Par Famafrika - Publié dans : Abou Dia
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 03:35
Sénégal: "Indignation" après le décès d'un homme dans un commissariat
Carte du Sénégal (© AFP)
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DAKAR (AFP) - Un Sénégalais est décédé, après son interpellation et lors de sa garde à vue, dans un commissariat de police de Matam (nord), ont indiqué jeudi à Dakar plusieurs organisations sénégalaises de défense des droits de l'Homme, qui ont fait part de leur "indignation".
"Mercredi 18 novembre 2009, le nommé Abou Dia est décédé dans des circonstances non encore élucidées dans les locaux du Commissariat de police de Matam", indique la Rencontre Africaine pour la Défense des droits de l'Homme (Raddho) dans un communiqué.

Il avait "été appréhendé, la veille, sain et sauf et conduit au commissariat par trois policiers", selon l'ONG basée à Dakar.


L'organisation exprime "sa vive indignation et sa profonde préoccupation de la récurrence de décès d'individus dans des locaux de la police ou de brigade de gendarmerie et de la politique de pourrissement adoptée dans ces différents cas".

L'Organisation nationale des droits de l'Homme (Ondh) a également indiqué avoir été "saisie du décès d'une personne nommée Abdou Dia dans les locaux du commissariat de Matam dans la nuit de mardi à mercredi".

"Il avait été placé en garde à vue au commissariat de police et on a appelé la famille pour dire qu'il est décédé de mort naturelle", a précisé à l'AFP le président de l'Ondh, Assane Dioma Ndiaye, qui dénonce aussi "une pratique courante de la torture dans les commissariats et brigades de gendarmerie".

Le porte-parole de la police, joint jeudi par l'AFP à Dakar, affirme ne détenir "aucune information officielle" et ne pouvoir "ni confirmer ni infirmer" les faits.

Mardi, "à 23H00 (locales et GMT), les policiers ont procédé à une rafle dans Matam. Ils ont bastonné (Abou Dia, ndlr) et ont frappé son petit frère. Puis ils l'ont emmené au commissariat où ils l'ont encore maltraité", a expliqué à l'AFP un proche de la victime, sous couvert de l'anonymat.

Mercredi, le corps de la victime avait été acheminé de Matam à Dakar pour une autopsie, selon un membre de la famille.

L'Ondh demande qu'une "enquête indépendante" soit menée car "c'est le septième cas depuis deux ans au moins" enregistré au Sénégal. La Raddho "exige que la lumière soit faite" sur ce décès suspect.
Par Famafrika - Publié dans : Abou Dia - Communauté : Afrique
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 03:30
L’organisation nationale des droits de l’homme (Ondh), vient d’être saisie du décès du nommé Abou Dia, dans les locaux du commissariat de Matam dans la nuit du mardi au mercredi. L’organisation réitère ses plus vives préoccupations quant à «la pratique courante de la torture et autres traitements cruels, inhumains et dégradants au niveau des commissariats et brigades de gendarmerie du sénégal».
 
L’Ondh interpelle de nouveau le comité des Nations Unies contre «la torture sur cette pratique structurelle au Sénégal et le refus systématique des autorités sénégalaises de toute poursuite face à des allégations de torture circonstanciées en violation flagrante de la convention des Nations Unies de 1984 interdisant les actes de tortures et autres traitements cruels, inhumains et dégradants».

Abou Dia, âgé de 44 ans, est décédé le 18 novembre dernier dans les locaux du commissariat de police de Matam, au Nord-Est du Sénégal.
Par Famafrika - Publié dans : Abou Dia - Communauté : Afrique
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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 20:05

Ecrire… Moi qui avais tant voyagé par mes lectures, voilà qu’à mon tour, je me mettais à écrire pour les faire voyager, eux, ceux qui sont enfermés dans leur métro-boulot-dodo et ne s’évadent que par les écrits des autres, justement.

 

            Réveil matin six heures, je me réveille comme une fleur. Mon demi-maïs  grillé m’attend, mais je préfère réchauffer ma mixture à base d’attiéké (farine de manioc), de cannelle, gingembre et miel. Ca me calera bien jusqu’à Savoigne. Dehors, le jour se lève à peine, les oiseaux piaillent et le soleil dissipe les appels du muezzin restés dans ma mémoire onirique. Je rassemble mes dernières affaires, tourne la clé dans la porte et me dirige d’un pas éveillé dans la rue. Peu de monde à cette heure-ci, mais déjà les premières activités se mettent en marche et la pollution remplace rapidement la brume matinale. Un taxi s’arrête, à peine ai-je levé la main. Pas encore trop d’embouteillages et nous cahotons vers la Gare Pompier. Il y règne une ambiance vraiment particulière. On dirait plus une casse de voitures qu’une gare. C’est le bordel, mais un bordel organisé, quand même ! A l’entrée, un coursier jette sa question à la fenêtre : « Tu vas où ? Mbour ? Saint-Louis ? … Saint-Louis, c’est par là ! » Il m’entraîne au milieu du tohu-bohu des taxis sept places et mini-bus. Je prendrais un taxi sept places, je me doute que le mini-bus est plus lent. Et puis, j’ai toujours pris les taxis sept places. Je ne suis pas la dernière et on doit encore attendre quelques minutes que les derniers passagers embarquent dans cette boîte de sardines, où l’emballage extérieur reflète la dure réalité de l’intérieur, mais aussi de l’état des routes et de la conduite – plus que douteuse – des Sénégalais. Deux mamas et un petit garçon sont assis sur la banquette arrière avec moi. J’ai la fesses gauche et les jambes ankylosées pendant les quatre heures trente de voyage. Je dors un peu, somnole beaucoup. L’air commence à devenir étouffant, et les effluves de parfum chimique de ma voisine n’arrangent rien. Enfin, la gare de Saint-Louis.

            Je m’extirpe avec lassitude, récupère mes deux sacs bien remplis et me dirige d’un pas ferme, pour négocier tout aussi fermement le prix du taxi pour l’autre gare routière, plus connu sous le nom de Garage Bango. Le chauffeur me parle des inondations et me montre chaque recoin envahi d’eau. Les ordure flottent au milieu de tout ça. Il n’y a donc pas que la banlieue dakaroise qui souffre de ce mois d’hivernage. Le Garage Bango est inondé lui-aussi et le bus pour « biir Savoigne » (Savoigne Centre) se trouve désormais devant l’église, quelques dizaines de mètres plus loin. Je le trouve facilement, mais il est vide, et je vais devoir m’attendre près d’une heure qu’il se remplisse avant de partir. Je transpire à grosses gouttes, comme tous les autres passagers, d’ailleurs, qui montent au compte-goutte, eux. Deux dindons – transpirants et assoiffés eux aussi – sont de la partie. Des vendeurs ambulants se relaient pour vendre eau glacée, bananes, beignets, mouchoirs, bonbons à la menthe, et surtout éventails. Ce sont ces derniers qui se vendent le mieux, et j’essaye de profiter de quelques restes d’air pseudo-frais que mes voisins envoient avec leurs éventails fraîchement achetés. Enfin, le bus démarre. Le temps de s’arrêter prendre de l’essence et d’attendre l’apprenti qui a perdu sa chaussure sur la route, et nous voilà en partance pour Savoigne. Il y en a presque pour une heure, et j’arrive enfin au village, pour retrouver L.

            Après une douche bien fraîche – son père a pris soin de boucher le trou d’où était sorti un crapaud la dernière fois – nous allons nous poser sous le nim (arbre) à l’ombre, avec un petit vent frais, en attendant le repas. Et pendant ce temps-là, les femmes portent des bassines… Sieste improvisée au milieu des poules et poussins, et des lézards gros comme des bébés iguanes. Thiéboudiène au repas, dans un bol – jamais vu un bol aussi grand ! – grand pour au moins tout le village, me chuchote L. en riant. Repas terminé, on ne rate jamais une occasion d’aller faire une sieste à l’ombre du nim, tout en attendant les trois thés. Ils ont un goût bien différent de d’habitude. Paraît que c’est une menthe particulière qui lui donne cet effet-là. Petit goût de cardamome et de cannelle, odeur de muscade. C’est délicieux, et j’en reprendrais bien trois ! En fin d’après-midi, sous les derniers rayons d’un soleil toujours aussi ardent qu’au zénith, nous partons courir dans les dunes derrière le village. Quelle idée ! Ca monte et ça descend, les pieds s’enfoncent dans le sable à chaque foulée et on a plus l’impression de faire du surplace, mais je m’accroche. Et puis, le paysage est magnifique, et je sais qu’au bout, il y a la piscine et la rivière. Malheureusement, la pompe est tombée en panne et l’eau verte de la piscine – où est venu mourir un scorpion – ne me dit rien qui vaille. Tant pis, on fait une petite pause près de la rivière, où règne un calme plat et des coassements de grenouilles. Au retour, les femmes qui habitent le chalet surplombant la rivière nous offrent de la pastèque glacée. Un régal, après cette course dans le sable brûlant. Et pendant ce temps-là, les femmes portent des bassines… Ca nous redonne un regain d’énergie pour le retour. On arrive à la tombée de la nuit. Les crapauds se sont déjà installés dans la cour, et j’essaye de ne pas y prêter trop attention. Après le repas, on part faire une petite balade dans le village. Il fait noir. Seuls les rayons du croissant de lune éclairent les quelques animaux encore dehors à cette heure-ci. On va faire un tour autour de l’église, voir s’il n’y a pas deux ou trois esprits qui rôdent. Mais non, rien. Peut-être que ce n’est pas la saison… Pour dormir, on m’installe une mousse surplombée d’une moustiquaire dans la cour. Il y a un petit vent frais très agréable qui dure toute la nuit.

            Le matin, les poules, les poussins et surtout le coq me réveillent en fanfare, lorsqu’il entonne son cocorico bien matinal à cinq heures trente ! Je me rendors un peu et me réveille aux premiers rayons du soleil pour aller courir. Et pendant ce temps-là, les femmes portent des bassines… J’ai quelques courbatures de la veille, mais le chemin que nous empruntons cette fois-ci est plus plat et le sol est plus dur, et je cours plus longtemps. Sur la droite, perché au sommet d’un arbre, un oiseau de taille moyenne, blanc, avec un long bec (je coirs bien que c’est l’oiseau du Roi Lion, Sassou), nous dévisage en souriant. Quelques mètres plus loin, c’est toute une troupe de ces oiseaux, tranquillement plantés dans un champ, qui s’envole à notre arrivée. Petite pause à la rivière pour se rafraîchir quelques instants en admirant les fleurs blanches, des nénuphars, qui trônent majestueusement sur l’eau, et puis, c’est le retour pour le petit déjeuner. Pain, beurre, banane. Ptit dèj du sportif !

            Nous partons ensuite à l’école du village. Et pendant ce temps-là, les femmes portent des bassines… Pendant tout le mois de septembre, il y a des cours de soutien scolaire pour les élèves de primaire, collège et lycée. Ils sont organisés par les étudiants du village qui sont en vacances à ce moment-là. Cours de français et de maths, principalement. On y reste jusqu’à midi. Je n’ai pas suivi grand chose. J’ai trouvé une vieille planche en bois dehors, et je m’y suis allongé pour dormir pendant deux heures ! Quelles vacances !!! Après-midi sieste à rallonge. Avant le repas ET après le repas. Ce footing du matin m’a un peu cassé (ou peut-être est-ce l’après korité…). Seize heures, tournoi de scrabble. Et pendant ce temps-là, les femmes portent des bassines… Les manches s’enchaînent, les joueurs aussi. Pleins de mots que je ne connais pas – paraît que c’est des mots scrabble… Comme on n’a qu’un vieux Robert, on ne peut pas vérifier grand chose et certains commencent à revendiquer des mots qui n’existent pas du tout. Mais l’ambiance reste bon enfant, et le perdant, malgré ses reproches contre tout le monde parce que son « ZEA » n’a pas été accepté, nous quitte en rigolant.

            Dix-sept heures trente, heure du match de foot. L’équipe des mariés affronte celle des célibataires. Le terrain est en pente, avec de petites dunes sur les côtés pour corser l’histoire. Au sol, du sable fin, presque rouge, où les pieds s’enfoncent dès le premier coup de sifflet. L’arbitre de touche tient à la main un vieux morceau de sac de riz déchiré qu’il agite en criant dès que le ballon sort. L’équipe des mariés perd 1-0. Mais un deuxième match s’enchaîne, toujours les mariés contre les célibataires. Certains joueurs mariés font rire toute l’assistance par leurs prouesses acrobatiques pour attraper le ballon. Mais rien n’y fait, le ballon file à toute allure vers leurs camps. Le goal marié se plie en quatre pour arrêter les ballons qui s’élancent vers lui, et, fait du hasard (ou de la volonté divine ?), il en sauve plus d’un et les mariés prennent leur revanche sur les célibataires : 3-2. Les spectateurs sont morts de rire sur l’issue de ce match, puisque les mariés s’en tirent finalement avec une victoire. Et pendant ce temps-là, les femmes portent des bassines…

            Le soir, les moustiques nous dévorent. Malgré l’anti-moustique, le jean et T-shirt manches longues, et la couverture de la tête aux pieds, ils trouvent toujours une faille pour nous démanger et nous remanger encore. Le troupeau de crapauds qui crapahute dans les environs n’a pas l’air d’être vraiment efficace contre eux non plus. Chaque soir, ils sont là à nous attendre.

            Deuxième matin à Savoigne. J’ai l’impression d’y être depuis plus longtemps. Peut-être parce que les journées sont bien remplies. En période de Ramadan, c’était plutôt siestes à rallonges sur siestes à rallonge. Enfin, ce mois-là est terminé. Au moins pour onze mois ! Mais ce matin, impossible de me lever. Les jeunes de Savoigne (ces sales jeunes ;-) ont fait du bruit jusque tard dans la nuit, et ça m’a empêchée de dormir. Tant pis. Pas d’entraînement ce matin, mais quelques heures de sommeil en plus seront les bienvenues. Petit déjeuner du sportif – même sans sport ! Et tisane d’ici : le kinkélibat. Excellent ! Départ pour l’école un peu tard, mais les élèves ont dû être de ceux qui foutaient le bordel pendant la nuit, parce qu’ils sont encore plus en retard que nous. Et pendant ce temps-là, les femmes portent des bassines… En les attendant, je reprends mes cours de wolof avec mon prof attitré. Ce matin, ce sera un peu de grammaire avec les subordonnées en « si ». La seule élève de la classe arrive avec plus d’une heure de retard. Elle est gentiment renvoyée chez elle, avec un devoir de dissertation pour le lendemain. Nous, on en profite pour aller se balader.

            Direction l’usine de tomates, mais on ne va pas jusque là. Première halte dans le jardin d’une petite fille peule. Elle est là, avec d’autres enfants aussi jeunes qu’elle et, fièrement, elle nous montre les produits de son jardin : goyaves, ignames, tamarins, mangues et citrons verts. Elle nous délecte de quelques tamarins pas encore mûrs. Acidité verte en puissance. La balade continue jusqu’au fleuve. Un petit bâtiment qui abrite une pompe à eau sépare le fleuve d’un petit canal. La pompe est en marche et rejette l’eau du fleuve pour l’irrigation des rizières avoisinantes. Des gamins se baignent dans le canal, et, à notre arrivée, rivalisent de sauts pour nous impressionner. Besoin profond de sauter moi aussi dans cette eau bouillonnante pour se rafraîchir un peu. Mais il y a déjà beaucoup de monde dans le bassin. Et puis, nager en jupe, c’est pas vraiment pratique. On laisse les gloussements mouillés des enfants et leurs interminables invitations pour qu’on se joigne à eux, et on marche un peu le long du fleuve, vers l’usine de tomates. D’imposants nénuphars surplombent l’eau tourmentée du fleuve, et semblent le défier de par leur beauté qui reste imperturbable dans toute cette agitation. Des envolées de libellules nous devancent et accompagnent nos pas jusque sous un gigantesque eucalyptus qui semble tombé là par hasard. Il tombe bien d’ailleurs, et on en profite pour s’asseoir un peu et regarder le combat de chèvres qui se déroule un peu plus loin sur le chemin. Et pendant ce temps-là, les femmes portent des bassines…

            On rentre pour manger le thiéboudiène et s’enfiler les trois thés à l’ombre du nim. Moi, je ne pense qu’à une seule chose : me baigner ! Vers dix-sept heures, enfin, on part au terrain de foot. Pas le petit dans les dunes, non. Celui-là, c’est la taille réglementaire, avec des cages et un sol dur, juste derrière la décharge du village… On fait quelques tours et étirements, le temps de croiser une sorte de bébé varan venu s’échouer au milieu du terrain, mais rapidement, on n’a plus qu’une seule idée en tête : la pompa à eau. Je m’élance en courant sur le chemin qui y mène, en trottinant derrière une petite charrette tirée par un cheval. Après quelques minutes, le cocher lance son fouet en l’air et le cheval accélère. J’accélère avec eux, dégoulinante de sueur. Le cocher ne m’aperçoit qu’un peu plus tard. Il est bien étonné de se retrouver nez à nez avec une jeune toubab qui court à toute allure derrière sa charrette. Il me crie en wolof de sauter à l’arrière. Je m’exécute avec aisance et malice. Un court instant, je me prends pour Indiana Jones sautant sur un train en marche. Le danger n’est pas le danger certes, mais j’éprouve tout de même un élan de fierté à avoir réussi ce geste que tout le monde ici sait évidemment faire depuis qu’ils ont quatre ans. Mais moi, je n’ai pas grandi dans un village avec des charrettes ! Le cheval continue sa course et je m’accroche à deux mains pour ne pas tomber. Je suis aux anges ! Le vent frais s’engouffre dans mon pantalon et j’apprécie ce rafraîchissement inattendu. Le cocher, un Peul d’une soixantaine d’années, est encore plus étonné lorsque je lui parle en wolof, mais il est ravi de cette rencontre tout aussi inattendue. Arrivés au pont en bois, je saute allègrement et le remercie pour ce raccourci. Les planches claquent sous leur poids. Il faut encore attendre un peu avant de se baigner. Les gamins remplissent des jerricans d’eau qu’ils poseront ensuite sur une petite charrette tirée par des ânes. Ca n’a pas l’air d’être une corvée pour eux, bien au contraire. Ils sont ravis de pouvoir se tremper en sautant dans l’eau avec les bidons. Enfin, on accède au bassin. La pompe ne marche plus, elle ne marche que la journée. Trois enfants sont encore là, et me regardent médusés en lever mes chaussures et me jeter à l’eau précipitamment. Elle est bonne ! Au sol, ce sont des roches. Même pas de vase. J’en profite pour faire des équilibres, flips arrières, avants, un peu d’apnée, quelques plongeons. Enfin dans mon élément. Je ne veux pas sortir et profite de chaque seconde. Les enfants sont ébahis de me voir faire tout ce remue-ménage dans si peu d’espace d’eau. Je suis heureuse. Je resterai bien là des heures, mais déjà un poisson me file entre les pieds et je crie en sortant de l’eau, imaginant une grenouille dans cette eau maintenant calme. On rentre à la maison. Je me sens comme après une journée de ski : lessivée, mais rayonnante de soleil !

            Aujourd’hui, c’est le dernier jour des cours de vacances à l’école. La rentrée approche à grands pas – et il ne pleut toujours pas – du moins à Savoigne. On a ramené des bouquins et stylos pour les élèves de collège qui ont fait l’effort d’aller à l’école pendant les vacances. Après-midi tranquille avant d’aller s’entraîner au terrain. Des jeunes sont là, à s’entraîner, eux, pour le matche de foot de samedi, ou celui de dimanche peut-être. Pendant que L. court, je fais quelques étirements de gym. Mon coude déboîté en décembre dernier me fait encore un peu souffrir, et je n’ai pas retrouvé toute ma force d’antan. Les joueurs pensent que je suis une karatéka. L. joue un peu avec eux, mais l’appel de l’eau est plus fort, alors moi, je m’élance à grandes enjambées essoufflées vers cette pompe qui, cette fois encore, a été coupée. On est encore venu trop tard, mais, au moins, il n’y a personne. Il y a pleins de petits poissons, et quelques minutes me suffisent pour que je ne me sente plus à l’aise. Le bruit de leurs sauts me fait penser à des grenouilles, bien évidemment !

            Vendredi, jour de prière à la mosquée, avec les vêtements de la korité. Les filles, elles, prient à la maison avec la mère, avant de faire la sieste. Match de foot l’après-midi. C’est la demi-finale ! Les mariés contre les célibataires, pour ne pas changer ! Les célibataires gagnent. Ils iront donc dimanche en finale contre… les mariés !!! Paraît qu’il y a autant de mariés que de célibataires, dans le village. Après le dîner – boulettes de poisson farcies aux œufs durs, salades et frites – un régal ! – on va prendre le thé chez un ami qui habite la dernière maison du village, juste avant les dunes. Il a un ventilateur dans sa chambre. Alors, pour la première fois, je passe une soirée sans moustiques. Le pied !

            Dernier jour à Savoigne pour moi aujourd’hui. Marche matinale jusqu’au chalet, avec petite halte à l’usine de tomates séchées. J’y apprends que le Capitaine Dadis Camara, président (autoproclamé) de la Guinée Conakry, aurait tué, avec son armée, quatre-vingt personnes dans un stade, et ils auraient violé et battu des dizaines de femmes. Je pense à mes petits guinéens peul fouta à Dakar. Je comprends mieux pourquoi ils restent au Sénégal. C’est vrai qu’il y a les coupures d’électricité, les inondations, le chômage des jeunes… mais au moins, il n’y a pas de répression massive et sanglante ! Enfin, plus maintenant – ou pas encore… Alhamdoulillah ! Bref. En chemin, je ramasse des écorces d’eucalyptus. J’ai envie de peindre un peu, mais je ne me satisfais plus de la peinture sur papier, alors pourquoi pas de l’écorce… Arrivée au chalet. On se rafraîchit avec une bonne rasade d’eau glacée, le temps de prendre des nouvelles de la famille – et d’en donner, pendant que la maman trie le riz au milieu des canetons. Ai-je déjà vu un caneton dans ma vie ? bref. Assez de ces futilités et questions métaphysiques qui ne mènent à rien ! Comment va la piscine ? Ca, c’est une vraie question fondamentale, à cet instant-là ! La pompe remarche depuis deux jours !!! Alors, tous à l’eau ! Elle est encore un peu verte, mais ça ira comme ça. Baignade prolongée en plein soleil. Je sens les coups de soleil qui arrivent, mais je ne veux pas me sortir de cette fraîcheur. Dehors, il doit bien faire 38 degrés, en plein soleil ! Retour à la maison tranquillement. On est rassasié de soleil et d’eau fraîche !!!

            Après-midi tranquille. On va voir la finale de match de foot des catholiques du village. Des Sérères pour la plupart. Il y a beaucoup d’animation, une mega installation sono qui diffuse du mbalax, du cabo love et du rnb à gogo. Sur le côté gauche du terrain, dans un petit coin, un groupe de percussionnistes rivalise avec la sono. Les femmes, elles, préfèrent danser avec eux. Du mbalax sérère. Ca a l’air moins compliqué que le mbalax wolof ! Malgré l’invitation, c’est pas ça qui va me pousser à aller danser avec elles !! Le soir, on est invité chez notre ami du bout du village. Excellent repas de poisson grillé, frites et salade, servi dans des plats et sur une nappe dignes d’un grand mariage. Il a vraiment fait ça bien. En attendant le thé, on regarde les clips de mbalax a la télé. J’en profite pour danser un peu. Enfin, essayer de danser. J’comprends toujours pas comment ils font pour bouger leurs jambes aussi rapidement, et déconnecter les mouvements des jambes, ceux du bassin, et ceux de la poitrine. Mais ça viendra. Et pour la première fois de ma vie, j’ai envie d’avoir une télé… Pour pouvoir apprendre à danser comme eux.

            Voilà. Ma semaine à Savoigne est terminée. Si elles pouvaient toutes être comme celle-là ! Le matin, trente minutes de marche dans la nuit, à cinq heures trente pour rejoindre la nationale, prendre le bus pour le Garage Bango, prendre le taxi pour la gare routière, prendre la voiture pour Dakar Colobane, prendre le car rapide pour la Médina et faire les quelques centaines de mètres restants à pied. Retour à Gueule Tapée. Dans ma rue. Je suis chez moi. Epuisée. Il est 13h.

Par Famafrika - Publié dans : Dans les regions - Communauté : Afrique
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